30 mai 2009
Interlude
« She rains - All over the sea - She rains
She rains, and the streets look funny
She rains - All over the town - She rains
She rains, until the sun shines again »
Elle sort juste de mon appartement, son air des mauvais jours gravé sur sa jolie figure, elle est passée après son travail, elle se dépêche de rentrer dans son foyer : son mari l'y attend, quoiqu'il soit sans doute habitué, ainsi que sa mère pour qui elle doit préparer les bagages de retour dans le pays natal. Elle n'est pas restée longtemps.
Elle voulait principalement que j'appelle son nouvel "ex-petit ami", pour lui demander de la laisser tranquille, pour lui demander de s'occuper plutôt de celle qu'il a choisie, plus jeune, aussi puisqu'il souhaitait tenter d'abandonner son statut de sans-papiers par un mariage. Elle n'est pas capable de le lui dire, ou plutôt si elle l'est, mais elle n'est pas capable de refuser quand il décide de briser sa tranquillité.
J'ai tergiversé un moment, d'autant que les excuses qu'elle me donnait ne me convenaient pas, je lui ai demandé aussi pourquoi elle n'était pas capable de résister. Peine perdue : elle ne sait pas très bien, ou plutôt ne veut pas savoir, ne surtout pas formuler ce qu'elle garde dans un coin de son cerveau. Nous sommes tombés d'accord sur le fait que je lui téléphone et lui dise la vérité, simplement la vérité.
Je l'ai fait - bip, allô ? Bonjour, je suis l'ami de, je tiens à te passer un message de sa part, elle souhaite que tu ne l'importunes plus, pourquoi elle ne le fait pas elle-même ? Elle l'a déjà fait, c'est toi qui ne comprends pas, c'est toi qui reviens à la charge, d'accord ? Bon c'est parfait, à jamais donc… Voilà, comment importuner quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré de sa vie : on raccroche pendant qu'il parle encore.
Je la regarde s'éloigner, un fatal coucou dans la main. Et le slow ambient des Young Gods, arc-en-ciel monochrome de divers gris, déploie son électronique par-dessus les toits que la canicule ne finit plus d'embrasser, embrasant les vies qui s'y serrent pour chercher leur bonheur, pendant que le chanteur s'autorise à ne plus mentir…
« Ain't easy
Ain't easy loving today
Today »
10 mai 2009
« Hélas ! Hélas ! »
Si les singes ont de l’amour-propre devant leur reflet, si les singes peuvent aussi jouer à Narcisse, aussi évolués qu’ils le sont, alors tout notre humain orgueil n’est que réminiscence d’un passé simiesque – intériorisé, car nous avons depuis inventé le miroir, puis l’image de soi, déformants comme il se doit.
Et plus on a honte de ce passé velu à souhait, plus on le cache sous les oripeaux de la civilisation ; quand l’ironie et le second degré, détournés et retournés, ne servent autrement là que de costumes de scène mal taillés ; tant il est vrai qu'on peut même régresser jusqu’au point d’être fier de soi-même se dénigrer.
30 avril 2009
Port de l'alliance
fond d’ambiance :
« Calme Blanc » par Tequila Moor
Où il sera possible de solliciter l'amour, en confiance : vivre de constance, en ce havre franc.
Encore, tout un après-midi, il a accompagné la femme de sa vie dans un cabotage lèche-vitrinesque, dans le but heureux et avoué de lui offrir un cadeau, - sans calendaire raison, cette fois.
Vous les avez peut-être vus, ainsi naviguer entre les boutiques d'une galerie commerciale, quelconque puisqu'interchangeable, avant qu'elle ne jette l'ancre dans un magasin au contenu affriolant : couleurs sensuelles et tissus chatoyants s'y retrouvaient en des vêtements de forme bohème.
En cette escale, après quelques mouvements qu'on ne peut qualifier que d'approche, la chère tendre se résolu à essayer quelques jupes, point de départ choisi pour constituer sa panoplie de poupée. Bien sûr, ni elle ni lui ne nous dévoileraient le nombre de vêtements emportés dans la cabine d'essayage : qu'on sache seulement que le chiffre était à l'honneur d'une délicieuse coquetterie, toute féminine.
Les essais pour elle se succédant, - aux formes diverses qui enveloppaient ses mollets et cuisses, ses fesses et ses hanches, - il participait à la représentation en se plaçant comme, et son seul public et son costumier : le plaisir de la femme convoitant la beauté et voulant la faire sienne ralliait le plaisir de l'homme s'inclinant devant cette magie, qui voit ce corps aimé porter des accessoires qui subliment l'effet opéré dans l'intimité par sa nudité.
Avez-vous déjà connu cela ? Ces moments de complicité certaine ? Elle, qui recherche la plus juste parure pour ce qu'elle estime don, inné : inhérent reflet qu'elle a d'elle-même et de son corps, synonymes de vie en devenir. Lui, qui convoite le plus bel écrin pour ce qu'il redoute de voir disparaître de ses mains, à vide : avidement en admiration devant la chère tendre, poussé à charmer l'enveloppe pour atteindre ce qu'il considère mystère, de par son désir... Mais tous deux ne se rejoignent-ils pas ?
Tels des phares, n'émettent-ils pas tous deux de vives lumières, - brasiers réciproques, - qui parfois se révèlent aveuglantes pour chacun, ou parfois font apparaître des ombres derrière l'un que l'autre redoute ? Pourtant ainsi ; ils cherchent, vous cherchez, nous cherchons : la chaleur de l'autre soi-même ; jusque dans ses erreurs, dans son apparence, son ennui : là se tient la complicité, dans la vision partagée d'une identique œuvre, dans cette envie commune de l'à venir.
L'alliance est : ce qui nous attire même avec résistance, ce que vous savez être doux, ce vers quoi ils se dirigent… Cette journée-là fut jour de rituel pour eux : l'homme sait maintenant tisser, avec son goût et son regard, pour elle une douce trame sur le corps ; la femme sait maintenant être devenue pour lui l'unique paysage sur l'horizon. De chaque : don du son, vers l'autre.
L'alliance est aussi ce qui nous entoure tout comme ce que nous formons, ce qui parfois est devoir tout comme ce qui est offrande : quand ils rejoindront le large, la jouissance des habits ne sera pas seulement désir de possession, mais souvenir de l'instant vécu. Non seule illusoire convoitise d'une décoration, mais symbole durable de cette étape. Donc, pour la haute mer, oublier de choisir.
Ils sont repartis, affronter la vague, affronter le vague. Deux sortes de piège-silence qui parfois s'instaurent entre leurs feux, comme entre tous leurs semblables qui s'osent briller. Moments étranges ; où ce : un plus un ; ne forme plus ce : eux plus que deux.
Or, ce soir sur le port, - comme d'habitude, comme encore, - juchés sur les cœurs, les corps se sont dressés : incendies d'incidents, indécents et nus.
Dès lors qu'on détruise la comédie, d'un commun accord, sans gâter le jeu de nos impatients vouloirs.
05 avril 2009
Conditionnement sous vide
Houlala, qu'est-ce que c'est difficile à faire l'art conceptuel !
Et surtout, incroyable à quel point ça soulève des questions dérangeantes, ambitieuses et provocantes !
Arf... s'il se trouve en France ou en Europe, un musée ayant quelques euros à investir de façon non durable, je suis prêt à lui accorder mon temps pour réaliser le révolutionnaire concept exposé dans le strip ci-dessus ; il me suffira de 3 salles inoccupées et de divers pots de peinture, ainsi que d'une bonne rémunération.
30 mars 2009
Visage du cerveau
fond d’ambiance :
« Automutilation » par No Contest
Clic clac. Porte : coulisse : l'étau se referme. Tu viens d'arriver chez toi. Prison idéalement habituelle pour une passion mortifère, une de plus, qui te dévore le trou noir nommé cœur. L'appartement t'apporte comme chaque jour son présent, olfactif : tabac froid que le haschich ne peut plus chasser, un reste de nourriture à emporter, la décoration des ordures accumulées ; parmi icelles se trouvent ce qui fait certainement la spécificité du lieu, les humeurs sorties de ton propre corps, - ce serait donc cela qui rendrait le tout reconnaissable entre mille ? Ta mouscaille séchée, ta morve collée, quelques crachats, quelques vomissures que mère alcool a déposées entre tes lèvres ? Même ta propre odeur, celle que des parfums sublimaient, sémination enivrante, celle déposée sur ces aisselles que tu humais tendrement en début de séances érotiques, quand tu étais encore narcissique… Même celle-là, tu as appris à la détester : elle te rappelle trop la senteur des amants, des amantes ; gibier interchangeable.
Comme bon nombre d'occidentaux citadins, tu habites une résidence en copropriété : joli nom de code pour désigner des cellules semblables les unes aux autres, capitonnées de charmant papier peint et de moquette seyante, où les soi-disant propriétaires vont jusqu'à entretenir financièrement des "parties communes" servant juste à s'apercevoir de temps à autre, ou encore, du bout des lèvres, pousser un soupir de politesse résignée : excuse pour ne pas croire être seuls en vie. Car comme bon nombre d'occidentaux citadins, tu survis dans un monde le plus petit possible : frigo, table, canapé, médias qui apportent l'illusion d'être relié à on ne sait trop quoi, écrits qui donnent l'impression de dialoguer avec quelques esprits, musique qui fait vibrer des parties d'un corps trop solitaire. Dans ton cas il s'agit principalement de rock, sur lequel tu chantes faux à tue-tête et qui te fait parfois t'agiter tel un animal - certains appellent ça danser - ou même cogner dans les murs : mais rien de grave, les primates aussi se heurtent aux barreaux de leurs cages.
Pourtant, l'enfer à demeure n'est rien quand c'est un enfer auquel on est habitué, un enfer qu'on s'est construit. Choisir sa forme de masochisme pour acquérir un visage, choisir son type de souffrance pour permettre au cerveau de naître : un nom qui s'enfante dans la douleur aujourd'hui évite d'avoir à outrer son rire plus tard. Sois riche de ta propre fausse-monnaie, amour : tu n'auras jamais à solder, en un marché de dupes, ton dû.
Et la limite dure, malgré l'univers humain.
Personne ici pour te faire rendre comptes au vu de l'oecumène, pas de faux semblant-sourires, existence mondaine où nos doublons dans les glaces sont copie conforme de l'oppressant regard des autres : ce dernier, police de la pensée, auquel on doit d'apprendre à s'évaluer, première réplique subjective que nous intégrerons pour, ensuite idem, déformer la vision de nous-même. Ici, pas non plus cette tentation en retour - le regard porté sur les autres - d'examiner les environnement-images, objectif avide de photos d'identité sur lesquelles nous projetons notre dictature intime de spectateurs : exemples à récupérer, à dupliquer, à suivre pour mieux désintégrer sa propre unité, une fois ensevelie sous tous ces fac-similés. Car hors, l'appréciation ininterrompue est à double sens, l'estimation réciproque se reproduit à l'infini : juger et être jugé, façon d'être fait social ; nos globes nous présumant tels des jurés, sentence du voyeurisme à perpétuité.
Personne dehors pour se rattraper si on tombe, où l'extermination de l'unité est bonheur : là une dissociation latérale s'opère, entre extérieur et ignorance de l'intérieur. Au contraire, il s'agit de se tenir droit sur le sentier de l'identité mais, déséquilibré par l'impatience de courir, de tomber dans le buisson des clichés du monde, d'y cueillir quelques baies amères tel un enfant vorace qui s'oublie par et dans son ventre, pour ensuite prendre comme cannes de fragiles branches qui soutiennent le soi réinventé, enfin se remettre debout. Dehors, rencontrer d'autres boiteux à la croisée des chemins, subir ce fait qu'ils te voient arriver de loin : souffrir qu'ils jaugent ton individualité, ce fruit sauvage, à l'aune de leur appétit ; s'accomplir à tailler tes béquilles suivant leurs remarques, leurs invites et leurs envies ; repartir avec leur empreinte en l'esprit : en effet, rencontrer tes semblables, - ici, heureusement, personne d'autre que ta personne. Qui d'ailleurs s'est laisser aller à se délasser, comme chaque soir : une routine de plus pour toi, ou ton vice-versa, ce mensonge d'interverti-e-s.
Alors justement, miroir ? Tu en approches, lentement. Tu le fixes, longuement. Jusqu'à ne plus savoir qui est tu : ne plus voir que ce mirage autre, écho d'un corps, viande humaine dévoilée, parties de peau où d'inconnus muscles se tendent, contracté nerf en myriade des possibles encore qu'une veine pulsatile et l'os saillant s'agitent… Après, des mains. Un objet s'avance, menaçant de lumière : reflet furieux, il parcourt son sillon, suivant l'épiderme, agitée toison érectile ; suffocation sensation, à mesure où la menace se précise, en mesure qu'un point névralgique est pressé.
Puis les images se tordent. Alors l'instrument se fraye un chemin dans la chair, arme de destruction lascive, empale net. Cela émerge puis replonge, d'un mouvement qui saccade, ton contrôle s'effiloche comme à chaque fois, on recommence : 1, 2, 3… Jusqu'à ça : semant doux dans ton entraille, qui se ment mais s'ouvre, tu redeviens l'abandon des cicatrices rayonnantes, suppliantes de béance. Brusque moment au pourtour : portique à l'entour, encéphale s'énamoure. Fait tendreté d'une peau mutilée, la chaleur s'en répand jusqu'au sang libéré. Tu atteins, enfin, cette seconde attendue, n'est plus qu'un flux et choses qui remuent : soudaine éternité, gémir dans l'affolé, cri s'est vidé. Comme les humeurs (qui) se répandent, en cet instant T. Solitaire certes, or illumination ; or placardé dans ton interne immensité : jamais n'en finir de parfaire l'oubli du soi réinventé dans les organes, les morceaux, revenir en l'être via cette raffinée essence ; visage du cerveau contentement - paix apaisement - joie alanguissement.
Malgré l'univers, amour, la limite humaine dure.
20 mars 2009
Lettre ouverte au Centre Pompidou
M’Edam, M’Essieu,
Vous avez récemment exposé au musée national d’art moderne ce que vous n’hésitez pas à nommer « cliché dans la pratique artistique contemporaine » afin, sans doute, de disqualifier d’avance toute critique qu’on pourrait émettre à votre encontre. Cette exposition extraordinaire, cette manifestation exceptionnelle, c’est le vide.
Les « vides » plutôt, puisque vous poussez la coquetterie jusqu’à affirmer qu’il puisse y en avoir plusieurs, sont donc des salles non pleines, vierges du sol au plafond, qui ne montrent rien, à part les affreuses tuyauteries de votre édifice, les habituels panneaux de sortie de secours, et autres extincteurs ou téléphones muraux – tout le décorum qu’on a du mal à distinguer habituellement de ce qui est exposé.
Je tiens à vous féliciter pour ce choix opportun : en ces temps de disette financière, une exhibition qui cumule gain de temps et d’argent mériterait d’être médaillée par notre présidentiel VRP en talonnettes. L’heure est grave, il n’y a guère de petites économies. De plus – et je regrette n’avoir pas eu écho de cette interprétation possible – le vide ne peut-il être vu comme la quintessence de l’art contemporain ?
Il faut l’avouer, je n’ai pas été voir votre exposition : ayant moi-même quelques économies que je souhaite conserver, de plus faisant confiance au réseau mondial qui rapproche les peuples pour trouver toutes les nécessaires images de votre enfilage de m3 inoccupés. Surtout, ma sensibilité m’interdisait de venir gâcher le travail d’artistes qui s’échinent depuis un demi-siècle dans le minimalisme.
Là, on touche en effet au concept de la manifestation ; un plaisantin ayant tagué dès le vernissage l’une des salles, certains trouvèrent matière à rire. D’autres, se voulant plus fins, leur répondirent : il appert que la véritable œuvre est le concept, et qu’un graffiti ne peut souiller un concept. Superbe raisonnement, surtout que l’on se demande alors pourquoi interdire de pisser dans la Fontaine de Duchamp, non ?
Pour ma part, je pense au contraire qu’il est possible de souiller cet ersatz de vide. Pas par un graffiti, non, ce serait trop simple. Par la simple présence des visiteurs : le vide ne se caractérisant pas par le fait qu’il occupe une surface, mais un volume. Ce qui peut combler le vide, est non pas le dessin, bien plutôt le corps. Et ce qui l’accompagne : bruits, mouvement, odeurs, énergie. Pourquoi ?
Car le vide n’existe pas, tout simplement. Parménide est le premier à le dire, quelques 5 siècles avant Jésus-Christ. Plus tard, dans un autre espace-temps, notre Descartes national l’affirmera aussi, sur le plan de la philosophie comme sur celui de la physique. Et qui lui donne raison au XXI ° siècle ? Einstein : excusez du peu ! Sur le plan seul de la physique, il est vrai - en philosophie, le rien remplaçant avantageusement le vide.
Cela ressort d’ailleurs des témoignages de votre public, se plaignant de la promiscuité des voisins, de l’encore trop-plein des tuyauteries citées plus haut, ou du fait qu’on pouvait s’entendre penser : pour un peu, on croirait que votre foire est ratée. Evidemment, vous pourriez toujours répondre que ces personnes sont des rabat-joie, qui essayent de ressentir un concept seul appréhendable en esprit. Et je serais d’accord avec vous : sans public crédule, pas d’art conceptuel.
Etrange en effet que personne ne trouve jamais rien à redire sur ce qu’écrivit un jour Laurence Weiner, à savoir « la pièce ne doit pas nécessairement être réalisée ». Comme s’il suffisait de le répéter pour assurer au veau qui paye son incroyable chance qu’il y ait quelque chose de représenté, et qu’il pourrait n’y avoir rien du tout. Et il ne faut surtout pas se demander si certains concepts sont non représentables, si donc certaines pièces sont non réalisables – n’est-il pas ?
Assumer que la réalisation physique de l'oeuvre passe après l'idée, substituer l'idée à la réalisation, pourquoi pas. Mais quand on décide justement de passer à la réalisation physique, il faut que cela soit raccord avec le concept, sinon on rate son coup. Car si on ne peut souiller la beauté d’un concept, on peut parfaitement mal le représenter. Et ce fut le problème majeur de votre rétrospective : répéter 9 fois la même erreur passée, comme si personne ne s’était rendu compte avant que c’en était une.
Mais foin de tout ceci, je vous propose avant la fin de votre exposition l’expérience suivante, afin d’aller plus loin dans le jusqu’au-boutisme de la démarche provocatrice, et d’éventuellement renflouer votre trésorerie : il s’agirait d’appeler la police pour faire incarcérer les visiteurs qui occupent les œuvres – à moitié pleines pour le coup, sauf pour quelques doctrines orientales, voyant du vide partout – et donc la détruisent.
En sus, les attaquer en justice afin de leur réclamer des dommages & intérêts… Mais peut-être est-ce un peu trop radical ? Je vous l’accorde, on pourrait penser de cette façon que l'art moderne n'est finalement qu'une plaisanterie sinistre, au service de la police et de l'argent, et qu’il ne mérite que le mépris le plus total. Mais Debord mort, qui s’en soucierait ?
Et le vide est-il sale, je vous le demande ?
05 mars 2009
Paternalisme
Peut-on rire de tout ? Aujourd'hui oui, malheureusement, et cela veut souvent dire rire avec d'autres, en démocratie donc. Quelle dégradation que de devoir partager ses rires !
Ce qui nous amène à la célèbre phrase de Pierre Desproges "on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui". Qui est très vraie, bien entendu, car elle possède un double sens. Il y a l'explication usuelle : chacun son humour, le respect de l'autre compte, mais vive la liberté d'expression, et caetera - OK.
Il y a une autre explication : que nous pouvons adopter n'importe quel type d'humour, ça dépend simplement de qui l'exprime. Qu'on peut se surprendre, un jour, à apprécier tel humour alors que cela ne nous était jamais arrivé auparavant, car telle personne l'aura exprimé et non une autre. Et même : certaines fois, on appréciera d'untel qu'un humour particulier, mais pas d'autre...
De là, le problème du moralement correct, et du fait de vivre dans une époque qui en est éprise. Car celui-ci s'insinue dans notre esprit : alors, quand nous sommes confrontés à un humour non-moralement correct, le fait de rire devient libérateur. Notre rire nous libère, non seulement car on se prouve avoir encore la capacité d'apprécier des propos moralement réprouvés, mais aussi car nous rions alors de nous-même ; du fait d'avoir été assez peu vigilants pour laisser ce correct s'insinuer dans notre esprit.
Mais cela dépend de la personne qui nous aura fait rire, comme énoncé plus haut. Il y a des humoristes, professionnels ou non, qui peuvent nous libérer : d'où l'humiliation d'avoir besoin de l'être, en communauté. Plus ou moins restreinte, plus ou moins soudée.
Or toute époque, toute société, est moralement correcte.
28 février 2009
(d)ébauche
fond d’ambiance :
« P-P-P-Push » par Mer2lux
Syrena est l'ébauche, ou la débauche, d'un roman rose qui ne se perdra en salmigondis : Syrena est nos morts et la sienne aussi, quand l'humanité se cherche via le sens de toutes les morts avant celles-ci. Syrena est l'expression de la déflagration primaire, car en ligne première ne subsisteront les combattants, tant que l'espoir ne viendra gonfler un foie : lui se nourrit de tout, du coeur, de l'amour, de la foi, car il est le dévoreur suprême poussant à combattre pour les chimères nées de ses fils... Ils qui se cherchent dans les cerveaux humains, réceptacles tragiques d'idéaux incertains. Syrena sont ces hommes, qui s'échinent à faire reconnaître leurs diarrhées logorrhéiques de digestion post-orgie anthropophage en exergue de pénultièmes adoubements misogynes. Et il faudra encore se battre pour mériter, à mort, son auto-dévoration d'amour. Une aqua bon ? Je suis nez, année (peut-être car faut savoir se faire mettre pour vivre) dans l'acné, d'une éruption nasillarde : lacrymal était mon front quand l'innommable de mon non s'y oubliait. J'ai donc oublié le possible d'une clarté, d'une clairière : que dis-je ! D'une claire-voyaudiance.... J'y grappille des papouilles, des bafouilles, embruns d'écoutilles. Où l'écoute m'embrouille, ma folie ne s'y faufile pas : il ne tient qu'à toi d'y pourvoir, d'y lâcher du lest pour mes échoirs, à hachoir. Car voudrais-je bien tout comprendre, mais point l'en-face incompréhension ?

